juin 07, 2018 trends

Vendre depuis un smartphone est en train de conquérir le e-commerce

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Il a fallu 20 ans pour que le commerce en ligne agite les centres commerciaux. La prochaine transformation va s’opérer beaucoup plus vite. Cette semaine, le groupe  financier américain Bloomberg évoque, dans un article écrit par journaliste Kyle Stock, un commerce qui s’effectue uniquement au travers d’applications mobiles. 

Jeune et stylée, Anissa Kheloufi fait partie d'un genre grandissant d’accros à Instagram. Alors qu'elle se promène dans la banlieue parisienne de Saint Ouen, la jeune femme de 21 ans prend des photos et des vidéos sans arrêt. Habituellement, se sont des photos de son amie Cynthia Karsenty, qui pose devant la caméra dans des vêtements chics, allant du short taille haute aux sandales en fausse fourrure.

En  apparence, il s’agit d’une parade nombriliste mais ce que le spectateur ne comprend pas, c'est qu’Anissa Kheloufi est en train de construire un empire de la mode, un de ceux qui rapporte 40 000 dollars par mois. Les réseaux sociaux envoient régulièrement des clients vers Belmiraz, l'entreprise qu'elle a fondée après avoir fait des études de droit. Belmiraz comprend une boutique en ligne ainsi que des boutiques situées à Casablanca et à Paris. La plupart du temps cependant, les clients d’Anissa achètent leurs articles de la même manière qu'elle les vend: au travers d’applications mobiles.

"Je pense que j'ai le téléphone cousu sur la main", a déclaré Anissa Kheloufi à Bloomberg. "Mes proches en ont marre !"

 

 

L’avenir du commerce de détail ne se limite pas au e-commerce, ni aux magasins omnicanaux. Il ne ne limite pas non plus aux pop-up stores, ni aux ventes flash géolocalisées. L’avenir du commerce de détail est de la taille d'une main !

Et le phénomène s'accélère et ne montre aucun signe de ralentissement. Deux grandes raisons à ce changement entrepreneurial : la vidéo et Instagram. Au cours des dernières années, les deux ont eu de plus en plus d’influence sur la manière dont les consommateurs achètent. Les grandes enseignes ont également pris conscience de cette tendance et sont plus nombreuses à mettre l’accent sur les transactions émises depuis un smartphone, délaissant le desktop.

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En août 2016 Instagram a permis à ses utilisateurs de cliquer,  depuis l'application vers le site e-commerce d'une marque. Il a également ajouté des "Stories", un flux similaire à celui de Snapchat avec des posts temporaires, mieux adaptés à la vidéo. Quelques mois plus tard, l’application autorisait 20 entreprises sélectionnées, parmi lesquelles J.Crew, Macy et Warby Parker, à étiqueter des produits dans des messages Instagram afin de diriger les utilisateurs vers la boutique en ligne où ils pourraient «faire des emplettes maintenant».

De cette manière, un centre commercial virtuel était né !

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Instagram n'a aucun problème à générer du trafic. 800 millions de personnes y défilent chaque mois. En mai, la société a franchi une nouvelle étape en permettant aux utilisateurs d'ajouter leurs cartes de crédit à leur compte. Bientôt, ces derniers n'auront peut-être plus à quitter la plateforme pour effectuer un achat.

L’éditeur de logiciels Salesforce.com indique que 5% du trafic du commerce numérique passe désormais par les canaux sociaux. ViSenze, une société de recherche visuelle, a constaté que parmi les personnes qui utilisent les médias sociaux, une sur trois fait un achat chaque mois via une plateforme comme Instagram, Facebook, Pinterest ou Snapchat. Pour des sociétés comme Belmiraz, qui vendent surtout aux jeunes acheteurs, les chiffres sont beaucoup plus élevés. Anissa Kheloufi affirme que 90% des revenus de son entreprise passent par Instagram, où elle est connectée à 119 000 abonnés.

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Sans surprise, les plateformes numériques se bousculent pour adapter leurs solutions à un usage sur smartphone uniquement et ainsi répondre aux besoins des e-commerçants. Depuis peu, Tictail, la market place sur laquelle Anissa vend ses produits, permet aux vendeurs de publier directement des Stories sur Instagram. Ils peuvent également ajouter des stickers et des liens permettant aux utilisateurs de cliquer pour acheter ou calculer facilement leurs frais d'expédition. Lorsque Tictail a déployé une fonctionnalité autorisant les vendeurs à afficher directement les listes de produits d’une vidéo, la plateforme a rapidement vu l'engagement de la communauté quadrupler, selon le directeur général Carl Rivera.

Tictail a fait la transition vers le commerce de détail de poche après avoir remarqué que les achats mobiles avaient bondi de 40% à 70% en l'espace de 18 mois. Carl Rivera pensait que si les acheteurs passaient si vite aux smartphones, les vendeurs suivraient rapidement. La transformation, dit-il, a tout à voir avec la façon dont la technologie mobile permet aux visuels de dominer le commerce en ligne.

"C'est un changement d'entrée principale", dit-il. "Si vous vous asseyez devant un ordinateur, il est facile de saisir du texte mais il est plus difficile d'entrer des photos et des vidéos. Avec un téléphone, c'est le contraire. "

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Shopify, qui héberge des boutiques numériques pour quelques 600 000 commerçants, a fait de même, en lançant son intégration étendue avec Instagram en octobre. La fonctionnalité “shopping on Instagram” permet aux sociétés de mentionner des produits dans des messages Instagram. Selon Lynsey Thornton, vice-présidente de l'expérience utilisateur, le shopping a triplé au cours de l’année dernière pour les entreprises qui réalisent des affaires entièrement via smartphone.

"Les consommateurs veulent simplement la souplesse nécessaire pour faire ce qu'ils doivent faire », dit-elle. "C'est la pression du temps qui pousse les événements : Comment puis-je faire les choses plus vite? "

Miranda Kerr se compte parmi ces entrepreneurs vantant le smartphone. Dans le cadre de son entreprise Kora Organics, le mannequin australien indique qu'elle ouvre rarement son ordinateur, gérant les réseaux sociaux, organisant des conférences téléphoniques et surveillant de façon obsessionnelle l'exécution des commandes depuis son téléphone mobile.

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Dans les années 1990, des sites de e-commerce comme Amazon.com ont déclaré la guerre aux grands magasins et aux centres commerciaux. Plus récemment, les services de livraison directe (dans le cadre desquels les vendeurs ont fait exécuter des commandes par des tiers) ont commencé à s'imposer, donnant ainsi plus de pouvoir aux “perturbateurs numériques”. Tout ce dont ils ont besoin, c'est de buzz et de followers. Avec l'essor du commerce de détail portatif, un espace commercial virtuellement illimité s'ouvre, dans lequel le marketing, l'expédition et les catalogues ne coûtent presque rien au détaillant en herbe. le seul vrai coût est le prix du smartphone.

La tendance grandit. Sur les près de 2 millions de personnes qui vendent des articles sur Etsy, la moitié environ utilise l'application destinée aux fournisseurs. De son côté, Intuit indique que la moitié des quelques 700 000 entrepreneurs indépendants utilisant son logiciel de comptabilité Quickbooks suivent leurs revenus et leurs dépenses via sa plateforme mobile.

"Ce sont des vendeurs très expérientiels", affirme Lynsey Thornton, chez Shopify, des entrepreneurs axés sur le smartphone. "Ils se soucient beaucoup de la construction d'une marque."

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Sans son smartphone, Anita Berisha continuerait probablement à travailler à plein temps dans le marketing ou la gestion de stocks - son goût pour la fabrication de bijoux se limitait à une simple “activité secondaire”.

Il y a deux ans environ, elle a lancé sa marque éponyme et a commencé à poster quelques pièces : des colliers délicats et de fines boucles d'oreilles en fil de fer pliées. Avec quelques appuis opportuns et non sollicités, Anita est passé de quelques centaines à près de 32 000 followers. Aujourd'hui, elle vend jusqu'à 30 pièces par jour et perçoit environ 10 000 dollars de revenus mensuels, le tout dans son appartement du quartier de Harlem, à Manhattan.

"Quand j'ai commencé, chaque chose se faisait à travers mon téléphone", commente Anita. "Je devais expliquer à mon mari : Je sais que cela n’y parait pas mais je suis en train de travailler ! "

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Source : bloomberg.com

Pour aller plus loin :

Crédit photos : 

  • Amy Lombard pour Bloomberg
  • Reshot