janvier 15, 2019 search

Le monde est-il prêt pour la " recherche visuelle " ?

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Les entreprises de la high-tech perfectionnent leurs outils de reconnaissance faciale et de recherche visuelle, mais qu'en est-il des préoccupations éthiques qui en découlent ?


Le fait que l’expression "googliser" soit devenue un verbe de tous les jours, montre à quel point les moteurs de recherche se sont profondément imbriqués dans nos vies. Cependant, il arrive encore parfois que nous ne puissions pas trouver les mots dont nous avons besoin pour chercher quelque chose. On peut observer une plante, un arbre ou une fleur et se demander comment cela s'appelle. Dans ce cas là, que faut-il taper ? Un bâtiment historique peut ne pas nous donner la moindre idée de son identité et nous laisser perplexes quant au terme à rechercher. Si nous voyons un meuble ou un vêtement et que nous voulons acheter quelque chose de similaire, les chances de trouver le bon article en tapant "canapé gris" ou "chaussures rouges" sont minces. Tous ces scénarios sont cependant parfaitement adaptés au monde, en pleine expansion, de la recherche visuelle. Nous ne posons pas les questions, ce sont les smartphones qui le font, en présentant une image au moteur de recherche qui va alors renvoyer des informations, des images similaires ou des détails concernant le prix, la taille etc. - ils le font d'ailleurs de mieux en mieux chaque jour.

Au cours des derniers mois, Google a fait la promotion de son outil de recherche visuelle, Google Lens. Au départ, une fonctionnalité cachée dans son application Photos, celle-ci est désormais beaucoup plus visible. Depuis quelques temps, Google Lens apparaît dans l'application de recherche Google sur iPhones, avec une icône de caméra affichée bien en vue, à côté du champ de saisie de texte. En appuyant sur cette icône, Lens s'active immédiatement. Bien que cette technologie ne soit pas nouvelle, on se rend compte qu'elle fonctionne bien mieux qu'avant.

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Tout est question de perception

"Il y a quelques années, beaucoup d'entreprises faisaient de la recherche visuelle mais les résultats étaient franchement plutôt pauvres ", commente  Iain McCready, directeur général de la société Cortexica. " Cela a donné mauvaise réputation à la recherche visuelle."

Au cours des dernières années, le Machine Learning et l'analyse de la Big Data ont rendu les algorithmes beaucoup plus aptes à identifier les objets. Mais il n'est pas facile de former un ordinateur à "voir" comme un être humain, explique Paul Melcher de Melcher System, société de conseil new-yorkaise, spécialisée dans la technologie visuelle. "Si je montre à une machine l'image du reflet d'un chat dans un miroir, celle-ci vous dira que c'est un chat. Elle ne reconnaîtra pas que c'est un chat dans un miroir, parce qu'elle ne comprend pas le contexte ", dit-il. Mais la science de la vision par ordinateur s'améliore rapidement. "C'est toujours une bonne idée que d'essayer d'imiter la nature car la nature a connu quelques millions d'années de développement ", ajoute McCready. "C'est une question de perception - couleur, forme, motif - et c'est en imitant que l'on obtient un système qui est bon dans des situations de la vie réelle.

Au fur et à mesure que la recherche visuelle s'améliorait, la question de savoir à quoi elle pouvait servir restait posée. Il y a quelques années, personne ne voyait comment elle pouvait résoudre des problèmes de la vie réelle. C’est l'industrie de la mode qui est devenue le moteur de l'adoption de la recherche visuelle, lorsque des marques comme Prêt-à-porter ou Asos ont réalisé que lorsque les clients ont de la difficulté à trouver un produit, ils cessent de faire leur shopping.

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L'industrie de la mode n'est cependant que la partie émergée de l'iceberg. Pinterest, eBay et Facebook utilisent tous des outils de reconnaissance d'images pour stimuler la recherche et, finalement, les ventes. En effet, la technologie de Pinterest est maintenant utilisée par les fabricants d'appareils (comme Samsung) et les commerçants (comme les grands magasins américains Target). En septembre dernier, Snapchat a annoncé un partenariat avec Amazon, où la photo d'un objet sur la plateforme est liée à une page produit d’Amazon. Cette ruée vers la recherche visuelle est fondée. Une étude a révélé que les personnes qui utilisent la recherche visuelle sur un site sont 75 % plus susceptibles de visiter à nouveau ce site marchand. Elles dépensent également 9% de plus que celles qui ne le font pas. Les analystes de l'industrie estiment que la valeur de l'industrie atteindra 86 milliards de dollars (75 milliards d’euros) à l'échelle mondiale d'ici 2025. 

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Mais la technologie a encore du chemin à faire. "Si vous prenez la photo d'un sweat-shirt en cachemire, dit Melcher, la recherche visuelle vous proposera des sweat-shirts qui se ressemblent, mais qui sont faits d'autres matériaux. Ce qui est évident pour nous, ne l’est pas forcément pour l'ordinateur." Bien que les moteurs de recherche textuels soient devenus très doués pour savoir pourquoi nous cherchons quelque chose, ce n'est pas quelque chose qu'une image peut transmettre ; elle ne révèle pas si nous aimons la couleur, la forme ou la fonctionnalité d'un élément.

Mais, de nouveaux cas d'utilisation sont sans cesse trouvés. Les randonneurs et les touristes peuvent se servir de l’appareil photos de leur téléphone pour découvrir des informations sur leur environnement. La capacité de Google Lens à extraire le texte d'une image et à le traduire fait tomber les barrières linguistiques. La recherche de polices de caractères correspondant à votre police préférée est un jeu d'enfant...

Des préoccupations éthiques concernant l'avenir

Un aspect de la recherche visuelle suscite des inquiétudes : la reconnaissance faciale. Lors de son lancement, Google Lens répondait à l'image d'un visage par le message "Lens ne reconnaît pas les personnes". Désormais, lorsqu’il s’agit de  photos de célébrités, le moteur renvoie des informations, ce qui soulève la question (étant donné les millions de photos dans l'index de Google) de savoir qui il considère comme étant célèbre ou pas. Seuls quelques principes éthiques adoptés par Google l'empêchent de renvoyer les correspondances de noms aux photos de n'importe quel visage.

reconnaissance-facialeL'événement de lancement du produit Google Lens en 2017. AFP

Mais, même en mettant de côté la reconnaissance faciale, il y a d'autres préoccupations éthiques, dit Melcher. "Où vous mangez, qui vient chez vous, ce qu'il y a à manger dans votre réfrigérateur, quels vêtements vous portez, ce sont des informations précieuses qui peuvent, à leur tour, être utilisées pour vous vendre des choses et même créer des produits pour vous en fonction de vos habitudes, " dit-il.

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"Le vieil adage selon lequel une image vaut mille mots est plus vrai aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été."

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Source : thenational.ae

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